Soie de mûrier : ce que le mot désigne exactement
Fil produit par la chenille du Bombyx mori, élevée et nourrie exclusivement de feuilles de mûrier blanc. Ce régime alimentaire unique donne un filament continu, long et d’une régularité que les soies sauvages n’atteignent pas.
Sur une étiquette, « 100 % soie » et « 100 % soie de mûrier » ne décrivent pas la même matière. La première mention couvre toutes les soies, y compris celles issues de chenilles sauvages ; la seconde nomme une espèce et un régime alimentaire.
Une espèce domestiquée depuis cinq mille ans
Le Bombyx mori ne vit plus à l’état sauvage. Il ne vole pas, ne se nourrit pas seul, et ne survit pas hors d’un élevage — c’est un animal entièrement domestiqué, au même titre qu’un blé cultivé. Sa chenille mange exclusivement des feuilles de mûrier blanc, et cette monoculture alimentaire explique la propriété qui nous intéresse : la régularité de son fil.
Une chenille sauvage, nourrie de feuillages variés, produit un filament dont l’épaisseur varie sur sa longueur. Le tissu qui en sort est irrégulier, souvent plus rustique — le tussah, la soie sauvage, ont ce grain visible. Le fil du Bombyx, lui, est presque constant sur les huit cents à mille cinq cents mètres d’un cocon.
Ce que la régularité change au contact
Un fil régulier tissé serré donne une surface sans aspérité. C’est cette absence d’aspérité, et non la « douceur » au sens marketing, qui explique le comportement de la soie de mûrier contre une peau ou des cheveux : il y a moins de points de friction par centimètre carré qu’avec un coton, dont chaque fibre courte dépasse du fil.
La différence n’est pas de nature, elle est de degré — et elle se mesure. C’est aussi pour cette raison que la soie de mûrier coûte plus cher qu’une soie sauvage : le rendement d’un élevage contrôlé est plus bas, et le dévidage d’un cocon entier suppose de ne pas le rompre.
Ce que la mention ne garantit pas
« Soie de mûrier » dit l’origine du fil. Elle ne dit rien de trois choses :
- L’épaisseur du tissu, qui se lit au momme.
- La régularité du fil retenu, qui se lit au grade — un même élevage produit du 6A et du 3A.
- Le tissage, qui décide de la surface finale : une même soie tissée en charmeuse ou en habotai ne se comporte pas pareil.
Une fiche produit qui affiche « soie de mûrier » sans donner ces trois informations en a donné une sur quatre.