Bourrette de soie : la matière issue des déchets de filature
Fil obtenu en cardant et filant les résidus de la filature de la soie — cocons percés, extrémités de filaments, déchets de dévidage. C’est bien de la soie, mais composée de fibres courtes assemblées, non d’un filament continu.
Une étiquette peut porter « 100 % soie » et désigner une bourrette. La mention est juste : la fibre est bien de la soie. Ce qu’elle ne dit pas, c’est que la structure du fil n’a rien à voir.
Filament contre fibres courtes
Un cocon de Bombyx mori donne un filament continu de huit cents à mille cinq cents mètres, à condition d’être dévidé intact. Tous ne le sont pas : un cocon percé par le papillon, un cocon abîmé, les premiers et derniers mètres du dévidage — trop irréguliers — deviennent des déchets.
Ces déchets ne sont pas jetés. Ils sont cardés, alignés et filés comme on file du coton ou de la laine : par torsion de fibres courtes. C’est la bourrette, aussi appelée schappe quand le procédé est plus soigné.
Ce que ça change au toucher
Un fil de fibres courtes a des extrémités qui dépassent. C’est exactement le mécanisme qui rend un coton mat, légèrement duveteux — et légèrement accrochant. Une bourrette de soie a un aspect plus rustique, un grain visible, une chaleur agréable, et aucune des propriétés de surface qui font l’intérêt d’une soie en literie.
C’est une bonne matière pour un pull ou une écharpe. C’est un contresens pour une taie d’oreiller : on paie le prix de la soie sans obtenir la surface qui la justifie.
Le repère de lecture
Une taie ou un masque en bourrette ne sont presque jamais vendus sous ce nom. Deux indices trahissent la matière : l’absence de mention du momme — le momme ne s’applique pas à un tissu de fibres courtes — et un aspect mat sur les deux faces, là où une charmeuse présente une face brillante.